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Le président Duterte se rapproche de Pékin

Le chef d’Etat philippin, au pouvoir depuis juin, met à mal l’alliance traditionnelle  de son pays avec les Etats-Unis et se dit prêt à acheter des armes à la Chine et à la Russie.

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Publié le 16 septembre 2016 à 11h11, modifié le 16 septembre 2016 à 11h11

Temps de Lecture 3 min.

Rodrigo Duterte, à Tanay (Philippines), le 24 août.

S’éloignant de la ligne suivie par ses prédécesseurs, qui s’en étaient remis aux Etats-Unis pour assurer la sécurité du pays, le président philippin s’est dit prêt à acheter des armes à la Chine et à la Russie. Entré en fonction le 30 juin, Rodrigo Duterte a répété son intention de mener une politique étrangère « indépendante », mettant à mal l’alliance avec Washington.

Depuis la signature d’un traité de défense en 1951, les Etats-Unis ont fourni aux Philippines 75 % de leur armement, selon les données de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm. Mais M. Duterte entend désormais acheter les armes « où elles ne sont pas chères et où c’est sans conditions et transparent ».

Aux yeux du nouvel homme fort de Manille, la plus grande menace n’est pas la montée en puissance du voisin chinois. « Je n’ai pas besoin de chasseurs, de F-16, a lancé M. Duterte, mardi 13 septembre, devant de jeunes recrues des forces armées. Nous ne prévoyons de nous battre avec aucun pays. »

Rodrigo Duterte avait déjà fait savoir qu’il ne portait pas l’Amérique dans son cœur par son niveau de langage. Début août, un mois après son arrivée au palais présidentiel de Malacanang, il évoquait ce « fils de pute » d’ambassadeur des Etats-Unis puis employait le même qualificatif à l’encontre de Barack Obama un mois plus tard, tandis qu’il a su conserver un ton bien plus conciliant à l’égard des dirigeants chinois.

Ce positionnement ne relève plus uniquement de la rhétorique. M. Duterte a annoncé mardi qu’il n’autoriserait plus les patrouilles conjointes en mer de Chine avec des « puissances étrangères », référence non voilée à la flotte américaine avec laquelle la marine philippine organisait des sorties en mer depuis le printemps.

Pour lui, la première menace qui pèse sur les Philippines n’est pas la Chine, mais la présence de groupes armés à Mindanao, la grande île du sud de l’archipel, notamment les terroristes d’Abou Sayyaf, qui ont prêté allégeance d’abord à Al-Qaïda puis à l’organisation Etat islamique (EI) et mènent enlèvements de civils, détournements de cargos et embuscades contre les forces régulières.

« Je ne veux pas de brouille »

Depuis 2002 et l’avènement de la « guerre contre le terrorisme » menée à la suite des attaques du 11 septembre 2001, Washington envoie des conseillers militaires dans cette partie de l’archipel philippin. « Je ne veux pas de brouille avec les Etats-Unis, mais ils doivent partir », a lancé M. Duterte mardi.

Durant ses six années au pouvoir avant lui, de 2010 à 2016, Benigno Aquino avait œuvré au rapprochement avec Washington, qu’il percevait comme un rempart face à la montée en puissance du voisin chinois. Un accord approuvé par la Cour suprême des Philippines en janvier ouvre aux troupes américaines l’accès à cinq bases militaires du pays, sur lesquelles elles pourront stationner et construire des infrastructures.

C’est sous M. Aquino que Manille avait saisi la Cour permanente d’arbitrage de La Haye au sujet des prétentions de Pékin sur l’essentiel de la mer de Chine méridionale. Rendue le 8 juillet, soit un peu plus d’une semaine après l’arrivée au pouvoir de M. Duterte, la décision invalide l’essentiel de l’argumentaire de la Chine. « Je ne vais pas utiliser le jugement arbitral maintenant », a déclaré M. Duterte le 29 août à l’ambassadeur chinois à Manille, Zhao Jianhua.

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Pragmatique autant que populiste, M. Duterte sait que Pékin détient la clé de réalisations économiques rapides et bien visibles. Dès la campagne présidentielle, M. Duterte avait lancé aux Chinois : « Construisez-nous un chemin de fer comme vous faites en Afrique et mettons de côté nos désaccords pour un moment. »

Les Chinois se montrent d’autant plus intéressés par ces appels du pied qu’ils mettent à mal le « pivot » opéré par les Etats-Unis sur l’Asie, doctrine que la République populaire perçoit comme une volonté d’endiguer son ascension.

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Après avoir demandé à l’ex-président Fidel Ramos d’aller jouer au golf avec des officiels chinois à Hongkong, M. Duterte a dépêché une délégation à Pékin. Leurs relations sont « à un nouveau tournant », a constaté mardi le vice-ministre des affaires étrangères, Liu Zhenmin, devant ces envoyés. Pékin n’est toutefois pas complètement rassuré au vu des volte-face dont le président philippin, après quelques mois au pouvoir, est déjà maître.

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