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Du premier montagnard à l'espace social

Discours de Georges Condominas, récipiendaire du prix Phan Châu Trinh


Discours à la réception du Prix Phan Châu Trinh



Du premier montagnard
à l'espace social

Georges CONDOMINAS



Le prix Phan Châu Trinh 2009 (Etudes Vietnamiennes) a été décerné à Georges Condominas.  Lors d'une cérémonie organisée à Hà Nội le 24 mars 2010, ce prix a été remis également à Inrasara Phú Trạm (pour ses recherches sur la civilisation et la littérature Chăm), Hồ Ngọc Đại (pour son oeuvre pédagogique), Phạm Vĩnh Cư (pour ses traductions de Soloviev et de Bakhtine) et Lê Anh Minh (pour sa traduction du Précis d'histoire de la philosophie chinoise de Fong Yeou-lan). Institué en 2007, le prix Phan Châu Trinh a couronné le travail de traduction et d'annotations de Bùi Văn Nam Sơn (Critique de la raison pure d'Emmanuel Kant). 


Pour des raisons de santé, G. Condominas dont nous publions ici le discours n'a pas pu venir à Hà Nội. Il a été représenté par Olivier Teissier, de l'Ecole Française d'Extrême-Orient.


Monsieur le Président,

Mes chers Collègues de la Fondation Culturelle Phan Châu Trinh,


Permettez-moi de vous remercier de nouveau très vivement pour l’honneur considérable que vous m’avez donné en m’attribuant le Prix 2009 de votre Fondation.

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Cet honneur à travers le simple chercheur que je suis va également à la Francophonie, et aussi en ce qui me concerne, à mes Ancêtres Vietnamiens. Par ailleurs, je n’ai fait que mon devoir, et le mérite de cette distinction s’adresse également à l’ensemble des chercheurs du CeDRASEMI (le Centre de Documentation et de Recherche en Asie du Sud-Est et dans le Monde Insulindien) que j’ai fondé à Paris et par la suite à Valbonne, sous l’égide de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et du CNRS. Personnellement je n’en suis qu’un élément, l’œuvre accomplie, l’a été par l’ensemble des chercheurs de cette équipe et aussi de leurs collègues proches.

Permettez-moi d’implorer votre indulgence car on considère souvent comme non-scientifique, d’évoquer des souvenirs personnels, d’enfance de surcroît, dans les circonstances telles celles qui nous réunissent aujourd’hui. J’avais environ huit ans le jour où j’ai vu pour la première fois un Montagnard (qu’on appelait « Moï » à l’époque comme les Grecs dans l’Antiquité appelaient « Barbaroï » les non-Grecs). Ce Montagnard de la forêt proche était venu en signe d’amitié, apporter une petite jarre de bière-de-riz à mon Père. Devant mon étonnement admiratif pour cet Homme peu vêtu, tout à fait à l’aise, mon Père me dit : « Cet Homme courageux et fier, c’est ainsi que devaient être tes Ancêtres Annamites d’il y a plus de 2000 ans ! » Cet évènement et cette remarque ont marqué à ce point ma mémoire que plus tard, j’ai cherché à réaliser ce mythe personnel. Bien sûr l’éducation et l’expérience poussèrent l’enfant puis l’homme à apprécier de plus en plus le poids du rêve dans ce souvenir ; mais ce rêve maintiendra en moi un encouragement symbolique dans mon action à réaliser mes vœux dans le monde concret de mes origines.


Beaucoup plus tard, en 1937, au cours de mes études secondaires dans un lycée parisien, nous nous promenions avec mon Père (peu avant son retour au Vietnam), émerveillés tous deux par l’éclat des sciences et des arts dans l’Exposition Internationale. Nous parlions de l’état du monde en projetant sur l’avenir, mon Père me dit alors  : « En ce moment, vois-tu, on est là pour aider les Annamites, les progrès sont rapides, et tu verras dans dix ans, ils n’auront plus besoin de nous, on partira ! » Mon Père, petit fonctionnaire, ne tenait pas de tels propos en milieu colonial, mais ce qui m’a frappé plus tard, c’est de découvrir chez Phan Châu Trinh (que mon Père n’avait pas lu) un tel programme envisagé notamment dans la lettre au Gouverneur Général écrite trente ans plus tôt. Cette lettre qui avait valu curieusement des ennuis à l’Ecole Française d’Extrême Orient qui l’avait publiée dans son fameux Bulletin, mais qui avait surtout entraîné l’auteur, à un destin tragique.


C’est à partir de 1940 que j’ai fait la véritable découverte du milieu colonial, ses privilèges d’un côté et surtout ses injustices frappant la plus grande masse de la population. Cette découverte a commencé après mon retour au Vietnam (prévu pour quelques mois) en janvier 1940. Mais elle s’est vraiment développée après l’invasion japonaise de la fin de cette même année. Les Français se trouvant alors dans une situation ambigüe que j’avais baptisée « occupants occupés ». Cependant au cours de cette période j’ai pu, à Hanoï, faire mes études de droit et fréquenter l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts grâce à un long sursis pour déboucher comme « appelé » dans la Marine Nationale. Le grand changement et la grande épreuve écrasant les occupants a débuté avec ce qu’on a appelé « le coup de force japonais » qui, le 9 mars 1945, a éliminé les maigres forces militaires françaises.


L’échec de mon évasion, suivie de ma capture, m’ont profondément marqué pour la vie mais surtout l’épreuve du camp de prisonniers m’a appris pour toujours ce qu’est une profonde humiliation et surtout en quoi consiste la vie dans la misère et l’impossibilité quasi absolue pour des populations entières à s’en sortir.

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Je crois que c’est inconsciemment que j’ai fait le choix d’une population très pauvre, vivant durement en espaces sociaux restreints, en imprégnation directe avec la Nature et ses seules ressources. Quitter le monde des privilèges et s’adapter au mode de vie des Mnong Gar pour mieux les comprendre n’est pas seulement une épreuve mais c’est également un enrichissement personnel car j’ai bénéficié de leur amitié. Ils ont forgé ma personnalité et m’ont forcé, sans le savoir, à trouver une méthode de recherche qui respecte leurs coutumes et leur langue. Ma dette envers eux est énorme.


J’ai eu la chance de pouvoir faire vingt mois continu de terrain au milieu d’eux mais il faut retirer quatre mois de séjour passé à l’hôpital et rajouter les quinze jours après l’épreuve de la paralysie et un bref retour de deux semaines huit ans après. J’ai eu ainsi la chance de dépasser mon projet d’observer un cycle agraire de douze mois. Cette chance je la dois à l’amitié et à la compréhension des Mnong Gar.


L’autre chance repose sur le fait que j’ai pu surmonter la fin de l’épreuve grâce à la compétence et au dévouement du Docteur Jouin à Buon Ma Thuot et au Professeur Soulage de l’hôpital Grall à Saïgon.


Par ailleurs, des amis courageux sont venus m’aider à prendre les dimensions des champs et des habitations dont j’avais besoin. Mais surtout, je dois remercier les deux jeunes élèves administrateurs qui dirigeaient le Poste du Lac et aussi le chef de la section Viêtminh qui, après une visite incognito pour m’observer, a reconnu l’intérêt de mes recherches pour le Vietnam et m’a laissé tranquille.


D’autres encore… Un chercheur de terrain n’a pas toujours de telles chances.


Pour avoir une vue d’ensemble de l’ethnologie du Vietnam, Etat polyethnique, il aurait fallu aborder d’autres espaces sociaux. Malheureusement, l’Office de la Recherche Scientifique et Technique qui m’avait permis, avec l’aide de l’Ecole Française d’Extrême Orient, de faire cette recherche en profondeur d’un groupe, avait peu d’ethnologues et m’a envoyé ensuite hors d’Asie. Je n’ai pu par la suite qu’amorcer des recherches ponctuelles sur les Rhadés, les Thaïs et les Kinh. Ce n’est que bien plus tard, grâce à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et la création du CeDRASEMI que les recherches en profondeur ont pu être réalisées par les membres de notre institution, recherches qui ont été élargies souvent à l’ensemble de l’Asie du Sud-Est.


Je voudrais ici remercier, pour leur collaboration, nos Collègues vietnamiens et personnellement, en particulier, feu Nguyễn Từ Chi qui m’a honoré de sa grande amitié. Grand merci encore à vous tous de la Fondation Culturelle Phan Châu Trinh.

Georges Condominas

Paris le 24 mars 2010

» version vietnamienne


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