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Deux poèmes de Nguyễn Duy

- K.V. — published 18/10/2011 23:19, cập nhật lần cuối 12/04/2016 22:20
traduits du vietnamien par Phan Huy Đường



Deux poèmes de Nguyễn Duy,
vingt ans de censure


Voici deux poèmes de Nguyễn Duy traduits par Phan Huy Đường. Les lecteurs bilingues ou vietnamisants trouveront ici les versions originales : Nhìn từ xa... Tổ Quốc ! (De loin... ma Patrie !) et Kim Mộc Thủy Hỏa Thổ (L'Airain, le Bois, l'Eau, le Feu, la Terre).

Né en 1947 à Thanh Hóa dans une famille paysanne, Nguyễn Duy a participé à la guerre contre l'agression, notamment à la bataille de la Citadelle de Quảng Trị en 1972. Ses poèmes ont été publiés à partir de 1969 qui font de lui le poète le plus apprécié de sa génération. A la réunification du pays, Nguyễn Duy s'est établi à Hồ Chí Minh Ville où il dirige le bureau "du Sud" de la revue Văn Nghệ (hebdomadaire de l'Union des écrivains). Il est d'autant plus significatif que nombre de ses poèmes aient subi les foudres de la censure et les attaques de la part des gens au pouvoir.

De loin... ma Patrie !, commencé en mai 1988 à Moscou, achevé en août 1988, a été publié en mai 1989 dans la revue littéraire de Huế (Sông Hương, n° 37) et diffusé quelques mois plus tard par la revue parisienne Đoàn Kết (n° 416, août-septembre 1989). A la suite de cela, Sông Hương et son rédacteur en chef ont été suspendus, l'auteur du poème a subi de nombreuses séances de critiques.

L'Airain, le Bois, l'Eau, le Feu, la Terre, écrit en 1990-1991, a été publié pour la première fois par la revue littéraire de Quảng Trị (Cửa Việt, n°16, août 1992), puis repris par notre revue mensuelle (Diễn Đàn, n°12, octobre 1992). Cửa Việt a connu le même sort que son confère Sông Hương. Pour la bureaucratie, ces deux poèmes "étalent l'esprit anti-national et anti-socialiste".

En 1997, Nguyễn Duy décide de passer de la poésie à la prose. Pour clore une période fort riche de sa créativité, il a réuni un recueil de ses poèmes (400 pages). Les éditions de l'Union des écrivains demandent la suppression de dix poèmes (dont les deux poèmes présentement publiés), les éditions Văn Học sept. Refus de l'auteur qui trouve quelques années plus tard les éditions de Hải Phòng. Celles-ci acceptent de publier tel quel le recueil Poèmes de Nguyên Duy. Le livre est sous presse. Intervient alors le fameux bureau A25 ("Département de la défense de la culture" du Ministère de la Sécutité publique) qui décrète l'interdiction de l'ouvrage et la mise sous séquestre de tous les exemplaires imprimés. Précisons que les poèmes qui composent ce recueil ont tous été publiés dans les revues et journaux offciels et aucun n'a été l'objet d'une interdiction formelle. Mais, pour les "défenseurs" de la culture, certains d'entre eux abordent un thème "sensible" (nhạy cảm) et leur (re)diffusion est "inopportune".

Il a fallu attendre treize ans pour que les éditions de l'Union des écrivains publient Thơ Nguyễn Duy (été 2010).

Les lecteurs jugeront eux-mêmes la qualité littéraire des deux poèmes, s'il est possible de le faire à travers une traduction -- qui est excellente. Ils verront en tout cas que, vingt ans après, leur actualité demeure entière.

Kiến Văn






De loin... ma Patrie !


 

Face à la lampe

Tissée de lumière, une feuille blanche

 

Obsédante blancheur de la nuit polaire,

Dans le dos, qui m'épie ?

 

Serein, je regarde vers le pays natal

lointain, désert

des montagnes, des fleuves

des fissures dans la terre

 

Je ferme les yeux, je vois

sans fin

l'amour, la douleur

les torturants soubresauts d'un héroïque drame

 

Où que j'aille, en mon coeur se dresse une frontière

d'amour, de nostalgie, ma Patrie

 

*

 

Quelqu'un me hante

lumière trop blanche brûlant mon regard

 

Qui ?

silence

Qui ?

une ombre !

Ah...

 

Salut, héros infiniment impuissant

ombre sanglante gigotant sur le plancher

 

Allons, me voici, je t'écoute

ombre sanglante de moi-même

 

*

 

Il fut un temps où j'aimais les chœurs

Sincère, passionné

j'étais ce que nous sommes, la passion de soi[1]

 

Oui, il fut un temps grandiose

de douleur, de sang, de larmes

où nous savions mourir, les yeux ouverts, obstinément

 

un temps - c'est incontestable -

où tous, nous marchions au pas dans la même direction

 

où les fausses valeurs, sauce d'oignon grésillant sur les flammes

pourrissaient nos entrailles de leurs émanations

 

*

 

De bout en bout, j'ai vécu la guerre

à chacun de mes pas, le doute, inflexible épine

s'enfonçait interminablement dans ma chair

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse se frappe la poitrine

 

*

 

Pourquoi, au pays de l'amour

tant de handicapés quêtent pêle-mêle la pitance

trouant de leurs béquilles le visage du village natal ?

 

tant de mères de héros appellent leurs enfants à sortir de leur tombe pour porter plainte

tant de fantômes décapités assiègent la porte des mandarins ?

 

Qui ?

personne

Convulsive, l'ombre douloureuse agite ses bras

 

*

 

Pourquoi, au pays de la miséricorde

surgissent tant de démons ?

monstres étranges, maquereaux, menteurs, voleurs

l'enfer se réincarnant dans des humains chancelants

 

Dans la nuit des illusions

les cheveux dressés, l'esprit déchiré

je sens, fixée sur mon être, la lueur verte, glacée, démoniaque d'un regard

 

Qui ?

personne

Vers le ciel, l'ombre douloureuse détourne la face

 

*

 

Pourquoi, au pays de l'esprit,

tant de temples, de pagodes servent de hangars aux communes ?

tant de mécréants pillent sans vergogne les génies ?

 

Du livre, la page se détache sans laisser de trace

Bouddha pleure la Foi à la dérive

le Bien, le Mal devenus indiscernables

la justice balancée au gré des flots

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse médite

 

*

 

Pourquoi, au pays de l'intelligence

tant d'enfants analphabètes ?

tant d'écoles en ruines, pitoyables ?

 

et la jeunesse plie sous la douleur et les larmes

courbe le dos sur la pompe à bicyclette

s'éparpille au hasard des vents à la croisée des chemins

 

A colin-maillard, que de génies précoces !

Mais au grand jour... l'ombre chancelante de rares talents

 

Qui ?

personne

En silence, l'ombre douloureuse courbe la tête

 

*

 

Pourquoi, au pays de la sincérité

tant de putes ?

putes de luxe - putes de marché - putes de villages

 

putes de bas étages vendant leur cul pour nourrir leur bouche

putes de haut niveau vendant leurs discours pour flatter leur cul

 

et l'inflation grimpe

à mesure que l'esprit se déprécie

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse s'arrache les oreilles

 

*

 

Pourquoi, au pays du labeur

tant de fainéants ?

tant de subterfuges ?

 

tant de faux salaires

pour tant de faux travaux ?

 

et tant de crimes,

de cruauté, de perfidies, de mesquineries, d'indifférence

et le vol érigé en religion de masse

 

Des armées de trafiquants envahissent les rues

bradent les biens, les postes, les dieux, tout...

et vendent le pouvoir aux enchères sur la place publique

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse hausse les épaules

 

*

 

Pourquoi, au pays du pardon

tant de gens fuient la terre natale

rient sans vergogne de bonheur à chaque séparation ?

 

se bousculent pour se vendre à l'étranger

laissant la terre veuve s'endeuiller d'herbes folles ?

 

Sur l'océan Pacifique tangue le bateau du destin

les yeux fermés, ils se jettent à l'eau sans une promesse de retour

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse s'arrache les cheveux

 

*

 

Pourquoi, au pays de l'ordre, de la dignité

tant de monarques ?

rois du mensonge, de la tromperie, du vol, du brigandage

rois sans couronne, rois freluquets, roitelets...

 

tant de seigneurs de guerre grouillant sur chaque parcelle de terre

parmi tant de tyrans à tête de boeuf, à gueule de cheval ?

 

et la loi, comme une plaisanterie, ni réelle ni fictive

le déplacement d'un seul condamnant toute une rue

 

Qui ?

personne

L'ombre douloureuse plie sa règle d'artisan

 

*

? ...

? ...

? ...

 

*

Qui ?

Qui ?

Qui ?

personne

épuisée

L'ombre douloureuse se tord en une interrogation

 

*

 

Allons, je reviens

il me reste encore, intacte, la page blanche

et du fond de mon coeur, une tremblante lueur

 

*

 

Parfois, prise de rage, hallucinée

mon âme fuit mon corps

étale mes entrailles, s'amuse à les compter

 

*

 

Une goutte de sang ordinaire

un soupçon d'intellectuel, une pincée de paysan, une ombre de prostituée

un tantinet trafiquant, un peu cadre, un peu bouffon

Bouddha et le Diable... un tout petit peu de tout

 

pour mutuellement se torturer

sous le carcan d'un masque, entre mensonge et réalité

 

Allons, arrachons le masque, à quoi bon temporiser

il n'y a plus de mensonge qui puisse encore tromper

il est une limite à l'intelligence et la bêtise

 

*

 

Les entrailles torturées

nous avalons la transition socialiste[2]

le ventre puant, étouffant d'orgueil

 

Nous délirons - empoisonnés par la maladie des louanges

qui ronge nos têtes et nos corps depuis tant d'années

nous le savons, mais que faire ?

 

Injurier à l'envie

comme des maîtres escrocs montrant d'opportunistes crocs ?

 

ou remâcher les sempiternelles prières

auprès de Monseigneur le Système et de Madame l'idéologie ?

 

Taisez-vous, je vous prie, sirènes des illusions

n'élevez pas la voix quand le peuple misérable

courbe l'échine sous la peine pour ne pas courber le dos sur la pitance

 

Renouveau[3], vrai ou faux-semblant ?

Mais peut-on régénérer un sang empoisonné ?

 

*

 

Effroyable, le sort de celui que personne n'aime

Plus abominable encore, le sort de celui que personne ne hait

 

La poésie du courage se fait chaque jour de plus en plus rare

qui suis-je ?

qui a encore besoin de moi ?

 

*

 

Il se peut que je ne croie plus en personne

que plus personne ne croie en moi

reste néanmoins l'espoir en l'homme

 

Car, malgré tout

ne croisons pas les bras

rien n'est pire que l'indifférence, la résignation

 

Il est au monde plus de bien que de mal, pourquoi le mal triomphe-t-il ?

Il est temps que les hommes de coeur unissent leur volonté

 

*

Malgré tout

en moi, la Patrie

 

une lueur pure, immaculée

tant qu'il reste la poésie, tant que vit un peuple

je suis le peuple - je demeurerai

 

*

 

Goutte à goutte

péniblement

 

si péniblement

 

Malgré tout

ne nous résignons pas

tant que nous vivrons, il reste un avenir humain pour les hommes

 

Nguyễn Duy


Moscou, 5-1988

Hochiminh-Ville 19-8-1988


Traduit du vietnamien par Phan Huy Đường





[1] un vers célèbre de Chê Lan Viên, pendant la résistance anti-américaine. Textuellement : je suis moi, et pourtant, passionnément je me désire. En vietnamien ta peut se comprendre comme je ou nous !

[2] Officiellement, le Vietnam est dans une phase de transition vers le socialisme.

[3] Nom donné à la politique d'ouverture du pays à l'économie de marché, 1986.








L'Airain, le Bois, l'Eau, le Feu, la Terre (1)


 

 

1

La terre lentement se réchauffe

la couche d'ozone pose problème

 

le crâne noix-de-coco bornée

vomit tout savoir qui y pénètre

 

les yeux chassieux posent problème les oreilles assourdies posent problème

le sommeil inquiet pose problème

 

les vermisseaux posent problème aux champs

le feu l'érosion posent problème aux forêts

 

le chapeau suppliant du mendiant pose problème aux coins des marchés

l'errance pose problème aux jeunes poussières de vie (2)

 

plaie envahissante, les naissances et la faim posent problème à la planète

la guerre dégorge de problèmes sanglants

 

2

Et les chiens aboient et les hommes s'en vont leurs chemins

des chemins criblés de nids de poules à problème

 

et les ponts chancelant sous des poids excessifs

posent le problème de leur effondrement imminent

 

et des hommes avides rongent et le ciel et la terre

posent le problème de leur anéantissement par la nature, demain

 

et le problème de l'eau, en premier lieu celle des inondations

et le problème des incendies criminelles

 

un monde en crise par manque de génies

un monde en crise par excès de démons

 

quel chaos grandiose, ce monde compliqué

tout est de la faute à la couche d'ozone

 

 

3

Et mon estomac gronde

et mes entrailles posent problème

 

mes viscères, semble-t-il, grincent

le sida dévore mes sens les cancers étouffent mon corps

 

impossible de dire je m'en fous

j'ai besoin de vivre j'ai besoin de tout

 

j'ai besoin de nourriture j'ai besoin d'air j'ai besoin

de rêves tendres jaillissant des pousses vertes

 

du silence à la mémoire des amours chantantes (3)

des amants qui n'ont jamais fait l'amour ensemble

 

 

4

Dans la jarre de vin les sept serpents dressent leur tête

de leur venin nourrissant tour à tour le Ying le Yang

 

poison contre poison submergeant les vaisseaux sanguins

jusqu'à la moelle des os dans des sifflements de cobras en fureur

 

ces derniers temps j'ai peur de sortir dans les rues

je préfère rester seul assis à ne rien faire

 

le corps vidé d'âme à la dérive

j'ai vaguement peur des lieux où la petitesse rusée écrase l'intelligence

 

la gueule des grands hommes vociférant des ordures me révulse

par leurs crachats professionnels sur tous, hommes et femmes de peu

 

complexé, je sursaute devant la lampe éteinte faute d'électricité

qui se balance au plafond de ma chambre

 

me font horreur les bandes de mandarins faux-ennuques singeant la vertu

jouissant à satiété de pots-de-vin et de pots-de-fleurs vénales (4)

 

les corporations de marchands de crottes pour chiens

mais que faire quand la dette est irrécouvrable ?

 

que d'inquiétude, que d'instabilité !

mais qu'importe, on s'en fout !

 

il en est qui me défient de les affronter

je réponds : je suis devenu faible et ne connais pas le karaté

 

et d'autres qui me provoquent à l'injure

je réponds : on vient de me voler des cageots entiers de mots

 

d'autres encore me défient de leur cracher au visage

je réponds : j'ai épuisé ma bave

 

je plonge mon nez haletant dans mon manuscrit

je ranime de mon souffle les mots irrespirables

 

à l'humain il n'est rien d'impossible (5)

crains seulement de n'avoir plus rien à faire

 

j'aspire au chant des vermisseaux des insectes

sans censure ni editing

 

je désire le vol des oiseaux

sans passeport sans frontière

 

le vieux chien veille sur son os la vieille chatte devient renarde

en vieillissant je deviens enfant

 

ô combien sacré ce moment de silence en solitude

l'humain se divinise en cet instant

 

5

Il fait trop chaud trop intense est la tourmente

la couche d'ozone pose problème

 

l'ancien corbeau croasse après les brumes humides d'antan

le cri de la chouette déchire le ciel en miettes ténébreuses livides

 

épuisé, je palpite dans un rêve blanc

des spectres sautillant trébuchent sur le perron de ma demeure

 

et je m'incarne dans la mélodie des huit instruments funèbres (6)

et je vois soudain mon corps lentement se décomposer pourrir

 

trompettes et tambours soudain sortent leurs griffes

feulent dans la pâle et gluante lueur des lucioles

 

je balbutie je transpire

quand on est entré dans la danse il faut danser et danser sans fin

 

6

Et voici la culbute finale, la pensée de Marché

faire du commerce et vendre son propre corps à vil prix

 

corbeaux, si vous en voulez, je le vends en bloc

ou en parcelles avant qu'il ne pourrisse

 

hiboux, si vous en voulez, je privatise

et je vends en morceaux à crédit

 

comme on vend nos forêts nos mers nos monts nos fleuves

nos terres nos demeures nos entrailles bouchée par bouchée

 

tout est possible au temps de l'économie de marché

un pays achetant en bloc un autre

 

on peut monter des joint-venture diaboliques

des entreprises bradant le pays par morceaux

 

on y compte des cartels supranationaux

des nations perdant leur terre parcelles après parcelles

 

que vaut donc mon corps en ce monde ?

je le démantèle pour le vendre moi-même

 

jadis un vieil avare dit à ses enfants

quand je serais mort, dépecez mon cadavre et vendez-le

 

aujourd'hui je dois le faire de mes propres mains

craignant que mes enfants ne sachent pas partager équitablement mes restes

 

je lirais moi-même mon éloge funèbre faisant  à moi-même mes propres adieux

de moi-même me libérant d'un temps d'illusions

 

empaquetant mon âme de la lune illusoire des nouvelles régions économiques

labourant la terre, ensemençant le riz et les tubercules dans l'Airain le Bois l'Eau le Feu la Terre

 

j'arrive, nouvelle économie de l'univers

dépassant la couche d'ozone à problème

 

7

Une étoile lointaine soudain s'envole

sa lumière filante se condense engorgeant mes orbites

 

le vent trivial me secoue me réveille

l'air ordinaire me ressuscite, palpitant

 

je chute sur la terre instable

irrépressiblement scandaleux à mort

 

et mon estomac gronde

et mes entrailles posent problème

 

et j'accompagne de nouveau le cortège funèbre des mots

bourrant de mots-cadavres les invisibles cimetières en papier

 

et je me perds dans la nostalgie des amours chantantes de jadis

des amants qui n'ont jamais fait l'amour ensemble

 

et je doute des noix-de-coco bornées

qui vomissent tout savoir qui y pénètre

 

et je grommelle sur cette terre qui lentement se réchauffe

soupçonnant un problème dans la couche d'ozone

 

8

Indolemment, j'emmène ma noix-de-coco au marché

cherchant un canard chinois métissé de barbarie

 

l'ermite-légume médite en plein marché

les épices étalent à profusion leurs brûlantes amertumes

 

et le cri angoissé des canards et leurs battements d'aile désespérés

et la poésie envahissante des odeurs d'escargots de coquillage

 

et les tiges de liseron d'eau dégoulinant de sève

dans les cris de plaisir illuminant le marché

 

tanguant dans l'ivresse des jours de marché

tranquillement je remets tout à plat

 

imperceptiblement je baise à l'œil les joues roses

la fraîcheur en fleur des sourires d'autrui

 

et je contemple une main de maître éventrant le poisson

et j'admire le professeur génial de l'art de plumer les canards

 

le sang du canard se marie à merveille avec ses entrailles cuites

le plat de sang caillé bouche à merveille le vide de la noix-de-coco

 

entrant dans le festin nombreux sont les piffres qui reculent devant le sang

bien que dans la vie allègrement ils s'entr'égorgent

 

qu'est-ce que cela peut faire ?

et que peux-tu y faire ?

 

9

Allons, il n'y a plus qu'à rivaliser avec les mômes du quartier

aux échecs, aux jeux de rois, de chevaux, de carreaux

 

aux jeux simplistes des enfants, comme si de rien n'était,

du Ying du Yang en ce monde d'Airain de Bois d'Eau de Feu et de Terre

 

accroupi ou fesse au sol, c'est selon

avec quatre pions recomposer le monde dans le pré carré des cinq éléments

 

pour  mollement déclamer en vers vulgaires

le chant berceur des vermisseaux la romance éperdue des crapauds

 

dans l'orgueil ridicule des sottes épopées campagnardes

la parole infantile déployée à travers la guéguerre des Cinq Éléments

 

Nguyễn Duy

 

Traduit du vietnamien par Phan Huy Đường



(1) Les cinq éléments de la cosmologie chinoise

(2) Les enfants errants

(3) Quan họ : chants populaires des plaines du Nord Vietnam, notamment de la province de Bắc Ninh. Les jours de fête, jeunes gens et jeunes filles rivalisent en se répondant, en partie en improvisant.

(4) ăn hoa hồng : toucher une commission ; xơi hoa đào  : textuellement, manger des fleurs de pêcher, en jargon :  sauter une femme. Jeu de mots  : les deux termes comportent "manger" et "fleur". Manger des fleurs vénales.

(5) un vers célèbre de Ho Chi Minh à la jeunesse vietnamienne.

(6) musique bouddhique au 13e et 14e siècle au Vietnam, devenue musique funéraire comportant 8 instruments.

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