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La diplomatie du peuple et Tintin


La diplomatie du peuple et Tintin


Nguyễn Hữu Động


Lors de mes premiers pas au sein de l’Union des Étudiants Vietnamiens en France, j’ai été mobilisé pour faire de la diplomatie du peuple (en contraste avec la diplomatie d’état), laquelle consistait en de multiples meetings en France comme en Europe, à Paris comme en province, pour expliquer aux étudiants mais aussi à des professionnels de tous genres, les origines de la guerre américaine au Vietnam.

J’ai ainsi accompagné un des plus brillants et savants dirigeant de l’UEVF. Je me souviens de ma première prestation, en Belgique, lors de laquelle je n’ai pu que balbutier quelques explications sommaires sur la Conférence de Genève de 1954. C’est donc mon compagnon qui reprit la parole pour expliquer en détail la composition de la dite Conférence et la raison pour laquelle la déclaration finale n’a pas été signée, les Etats Unis ne voulant pas poser leur signature sur le même parchemin que la République Populaire de Chine.

Mon admiration pour lui se renforça au fil des années. Même lorsque j’étais en charge des affaires internationales au sein de l’UEVF il m’arrivait de l’accompagner dans des réunions les plus diverses. Et grâce à lui, j’ai commencé à comprendre ce que signifiait la diplomatie du peuple. En fait, c’est ce concept même de peuple qui est difficile à maitriser alors qu’on le retrouve un peu partout, lorsqu’il faut employer un argument d’autorité. Le peuple veut... Vous êtes l’ennemi du peuple (disait le 45ème président des États Unis parlant de la presse, en tous les cas celle qui n’avait pas pour lui une certaine adulation).

Dans les discussions sur ce que c’est que la démocratie, on entend dans toutes les langues la définition d’Abraham Lincoln : c’est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Un sociologue remarqua que dans cette définition, la première qualification était problématique, la seconde mensongère et la troisième un ensemble de bonnes intentions (celles dont l’enfer est pavé disent les mauvaises langues). Le problème est ainsi de savoir ce que c’est que ce peuple ? Et où le trouver si par hasard on pense qu’il est trouvable ?

On sait que Louis XIV était (disait-il) l’État, comme Staline était (disait-il aussi) la société. En Amérique Latine, certains dirigeants politiques se présentaient eux comme la forme personnifiée du peuple. « Je ne suis pas moi, je suis chacun d’entre vous car je ne suis rien d’autre que vous, le peuple » etc.

La propagande officielle dans les années de guerre voulait que les peuples du monde soient solidaires de la juste lutte du peuple vietnamien.

Mais alors, si le peuple de France dans son unicité soutient le peuple du Vietnam, à quoi servent les soirées d’explications, d’informations pour amener ce peuple à adhérer aux positions du Vietnam ? Est ce qu’il s’agit d’enfoncer une porte ouverte ? Si ce n’est pas le cas, il faut alors accepter que le peuple de France n’est pas un et homogène (la France oui, est une et unique), mais que sa richesse et sa force viennent de sa diversité. Il y a un peuple qui vote, il y a un peuple civil (de là le concept de société civile par exemple), il y a un peuple d’opinion et de principes, ceux de l’état de droit, ceux des valeurs fondamentales de l’humanité en partage. Comme soulignent d’autres sociologues, ces principes sont l’expression du désir des gens de vivre ensemble, comme membres d’une communauté politique et nationale.

Pour avoir travaillé pendant des années sur l’administration électorale, j’en viens à me dire que les pères de l’église sont les responsables de cette idée de peuple unique et transcendantal. Ils ont inventé les premières lois électorales, dont on retrouve encore des réminiscences dans toutes les lois du genre aujourd’hui. Mais dans l’élection du pape, pour laquelle 100% du corps électoral participe, le résultat et le nombre de votes reçu par sa Sainteté ne sont jamais connus car les bulletins de votes sont brûlés (la fameuse fumée blanche) et la fiction veut que ce soit un vote unanime qui permet de consolider l’unité de l’église à travers de la désignation de l’évêque de Rome par le Saint Esprit.

Je connais encore beaucoup de pays dans lesquels le vote doit être à 90% ou plus des électeurs, que cela soit obtenu par l’obligation de voter (Belgique, Brésil etc..) ou par la pression sociale. On raconte qu’au dernier référendum en Iraq avant la guerre de 2003, 99,5% des votants ont dit oui. Réaction du chef : Qu’on me donne les noms des 0,5% qui ont dit non.

Digression faite, je retourne vers mon commentaire sur le peuple de France divers et multiple. C’est parce que nous sommes conscients qu’il n’est ni représenté par une organisation, ni par un chef qu’il nous fallait aller à sa rencontre, répondre à ses questions et comprendre ses réticences pour capturer sa sympathie ou du moins réduire son hostilité.

Et c’est ce que mon compagnon a compris lorsqu’il me disait que la société n’est jamais réductible à une institution ou un à homme. Lucidité admirable si on se souvient du contexte idéologique de l’époque, quand la politique se résumait à cette formulation de Carl Schmitt : un affrontement ami-ennemi.

Lors d’un meeting à la Mutualité, un participant a soulevé la question de la mobilisation des enfants de 12 /14 ans dans les rangs de la résistance au sud Vietnam. En rejetant ses cheveux en arrière (je pense plus à une crinière de lion qui ressemblait fort à celle de Louis Althusser que j’ai connu quelques années après.) il a répondu d’une phrase aussi pure que l’aube (dirait le même Althusser) : « Tout dépend de ce que vous appelez mobilisation. S’il s’agit de la lutte pour la Libération du pays, oui, nous mobilisons, comme disait Hergé de ses lecteurs, de 7 à 77 ans. »

Cette réplique a provoqué des applaudissements nourris de la part du public mais des moues de désapprobation au sein de certains cadres vietnamiens pour lesquels le thème est trop important pour faire de l’esprit. Nous avons nous aussi des adeptes de la pensée unique.

Pour ma part, maintenant que je ne peux plus lire Tintin par respect de la limite d’âge, je garderai cette vision de la société multiple et diversifiée, cette leçon des premières années de militant qui a été aussi un guide de l’action lorsqu’il m’est arrivé de participer à des missions de construction de la paix dans des sociétés à peine sorties des conflits. Il nous fallait savoir écouter, savoir comprendre et savoir respecter les avis différents (sans nécessairement les partager) afin de trouver au moins des esquisses de possibilités pour aider à l’obtention d’une certaine harmonisation sociale.

Sur le terrain c’est certes plus facile à dire qu’à faire. Mais dans la quiétude de mon bureau confiné, c’est quelque chose d’aussi simple que lire Tintin.


NHĐ

Août 2020


Note de la rédaction:

D'habitude, l'auteur nous envoie, de Mexico ou d'ailleurs, son texte original en français, et quelque temps après, une version vietnamienne. Cette fois-ci, nous prévient-il, il n'y aura de version en langue maternelle. La raison, le lecteur la trouvera à la lecture du texte. Des souvenirs qui remontent aux années 60 du siècle dernier, où les lecteurs de 7 à 77 ans lisaient Tintin chacun à sa manière. Une version vietnamienne ressemblerait plus à une kyrielle de notes explicatives qu'à l'évocation d'un passé qui, de toute évidence, est loin d'être "simple".

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