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Une évasion, mais pas celle de T.S. Elliot

- Phạm Tùng Cương — published 20/06/2013 15:15, cập nhật lần cuối 12/04/2016 22:20
KHMER BOLERO, premier roman (en français) de Do Kh.




Une évasion,
mais pas celle de T.S. Elliot


Phạm Tùng Cương


« La littérature n’est ni bien écrite, ni mal écrite : elle est écrite »

(Charles Dantzig : Dictionnaire égoïste de la littérature française)


dkbia

Do Kh., Khmer Boléro, Ed. Riveneuve, 2013

Tout d'abord je dois avouer, avec un délicieux amusement, ma terrifiante surprise en lisant qu'un roman, écrit en français par un citoyen français, d'origine vietnamienne (certes), est considéré comme faisant partie de la littérature vietnamienne 1. Est-ce à cause du titre (Khmer Boléro) qui lui donne une certaine proximité géographique au Vietnam? J'ai dû sans aucun doute manquer quelque chose d'important dans mes lectures passées de Salman Rushdie, François Cheng et autres Kuzuo Ishiguro en n'étant pas informé que c'est de la littérature indienne, chinoise et autres japonaise. Je croyais que la littérature appartient à la langue dans laquelle elle est écrite et à la culture dont elle est issue.


Ah Marketing, quand tu nous tiens...


Dans un article « Tradition and the Individual Talent », T. S. Elliot définit la poésie comme étant une évasion en dehors de l’émotion (« an escape from emotion »), une évasion en dehors de la personnalité (« an escape from personnality »).


Eh bien, rien n’est plus éloigné de cette conception littéraire et poétique que le premier livre écrit en Français de Do Kh. Car c’est un roman « à base de vécu » et un livre de personnalité.


Il est intéressant de noter que l’auteur avait appris que ses « ancêtres étaient Gaulois », usait ses fonds de culottes et de pantalons à l’école de Jules Ferry à Saigon et à Paris ainsi qu’à Sciences Po de Paris, après un intermède dans l’Armée de la République du Sud Viet Nam en 1974-1975.


Do Kh. a commencé sa carrière littéraire en écrivant en vietnamien. Ce parcours littéraire, en lui-même déjà hors du commun, devrait titiller notre curiosité.


Si Do Kh. pensait avoir commis un adultère en écrivant ce premier roman en français, ce serait pour moi plutôt le retour de l’enfant prodigue à la langue d’origine culturelle (ce qui est plus puissant et significatif que l'ethnicité).


Toute œuvre de fiction, pour être convaincante, vivante et attirante, ne peut que s’appuyer sur des fondations d’expériences réellement vécues ou réellement testées (comme Flaubert qui pour décrire les effets du poison sur Mme Bovary en eût absorbé une petite quantité pour en éprouver les effets, Claude Simon dans la Route des Flandres ou Proust dans la Recherche). Et Do Kh. a joliment exploité dans Khmer Boléro son vécu diversement riche.


La sublimation des expériences réellement vécues dans Khmer Boléro relève d’un pur délice intellectuel et ce, raconté d’une manière à la fois réaliste, honnête avec un humour nonchalamment innocent. On peut dire qu’il y a une atmosphère et un style spécifiques Do Kh., une vision de la vie où rien n’est sérieux mais où tout est important et mérite d’être vécu au-delà de « la représentation que peut s’en faire l’esprit » : vagabondage culturel solide et diversifié, lucidité chargée de mélancolie, sincère honnêteté joyeuse couplée avec une résignation boudeuse, éclectisme, cynisme, humour chargé de blagues de potaches. Tout cela semble relever d’un attachement nostalgique et d’une loyauté surannée et dépassée à une jeunesse riche de rencontres et d’apprentissage maintenant lointaine, néanmoins riche d'expérience, de rencontres et d'apprentissages.


Et cela ne favorise pas tellement un amour stable et sans histoire. Les aléas de la vie n’y ont guère contribué non plus. Ou est-ce parce qu’« il n’y a pas d’amour, il n’y a que des moments d’amour »? « Comment était-ce ? Comment savoir ? »


Quant au sexe, il est plus que présent dans le livre. Do Kh. en a une approche décontractée, naturelle et directe sans contrainte ni tabou. En plagiant Sartre, pour Do Kh., le sexe EST. Sur ce registre, Do Kh. appartient bien à cette génération des jeunes des années 1970 dont Houellebecq (pas très Littérature Vietnamienne) en est un des représentants avec « Les particules élémentaires » : « Il n’arrivait plus à se souvenir de sa dernière érection, il attendait l’orage ». Comme Nam la mousson…


Un écrivain se sert des mots alors que le poète sert les mots. Sans l’écrivain les mots demeurent invisibles. Do Kh. s’en est joyeusement and joliment servi dans Khmer Boléro.


Que puis-je dire de plus sur ce livre si ce n’est de vous conseiller de le lire, avec toutes les subjectivités que je puis avoir pour l’auteur. Mais surtout lisez le pour confirmer mes subjectivités, s’il vous plait.


Holmdel, NJ (USA), Mai 2013

Phạm Tùng Cương





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