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Nouvel ordre mondial-2


Nouvel ordre mondial


Nguyễn Quang
(suite et fin *)

 

Le limes n’est pas la Grande Muraille, ni même ces palissades fortifiées que les Romains dressaient contre la Germanie barbare. Il ne correspond même pas forcément à une frontière physique ou humaine. La lisière qu’il marque est subtile, mais essentielle: il s’agit d’une différence de statut. Au Nord, la civilisation et la prospérité, le respect de l’individu et du droit; au Sud, la barbarie et le sous- développement, la violence physique et politique.


Développement séparé

Il serait bien sûr absurde de crier à une sorte de complot ourdi par les pays riches pour maintenir les autres dans la misère et le désespoir. Simplement, nous sommes entrés dans une logique de développement séparé: l’insolvabilité du Tiers-Monde, les besoins d’investissement à l’Est, la nouvelle auto-suffisance du Nord, autant de raisons de désengagement, et même d’abandon. L’exemple de l’Afrique – ce continent en déroute – est nagrant: le Sud est en train de sortir d’un ordre mondial qui s’organise en dehors de lui, quand ce n’est pas contre lui. Dans les pays riches, en des temps plus prospères, l’opinion publique était plutôt acquise aux idées (qu’on appelait tiers-mondistes) de solidarité et d’interdépendance. Ces temps semblent révolus: la crise aidant, la compassion et la générosité ont fait place à l’indifférence ou à l’hostilité. Qui ne s’est surpris à hausser les épaules à l’annonce d’un énième coup d’Etat dans un quelconque pays austral où, depuis belle lurette, il n’y a plus d’Etat? De loin en loin, quelque catastrophe majeure – Sahel, Somalie – arrive encore à ébranler les consciences. Mais n’est-il pas symptomatique que ces sursauts de solidarité soient de plus en plus pris en charge par des associations, des ONG, voire par les médias – une médiation qui permet de faire son devoir de compassion tout en maintenant la distance nécessaire entre soi-même et le malheur (8)... Il faut se rendre à l’évidence: la contrepartie d’une prospérité limitée, d’une civilisation protégée, c’est l’acceptation d’une Histoire sans morale.

L’avènement du N.O.M. est-il inéluctable? Dans une logique stricte de rapports de forces, on ne voit pas grand chose qui pourrait l’arrêter. Au plan économique, on l’a dit, les riches n’ont plus besoin des pauvres. On peut constater de visu qu’une part sans cesse croissante du commerce international, de l’investissement et du crédit se concentre dans l’hémisphère Nord, condamnant le reste du monde à une compétition achamée pour un capital de plus en plus rare... On a dit capital. C’est qu’au plan idéologique, le réunification du Nord laisse désormais le champ libre au productivisme, au marché (et à la démocratie, ajouterait Fukuyama). C’est le règne du FMI triomphant, comme en témoigne l’uniformité des politiques économiques pratiquées tant à l’Est et à l’Ouest que dans les pays dits en voie de développement... Il n’y a pas grand choix pour le Sud: c’est le mimétisme (Etats-tampons) ou le rejet (idéologies de rupture). Mais même en cas de rupture, les capacités de nuisance d’un pays pauvre contre les intérêts essentiels des pays riches sont assez limitées. Sauf confrontation directe sur le limes – mais alors, la disproportion des forces et des ressources ne laisse aucun doute sur l’issue –, les armes du Sud sont principalement celles de la déstabilisation (émigration, terrorisme, drogue...), mais elles sont à double tranchant: outre que le Nord apprend de mieux en mieux à s’en défendre, il en tire aussi argument pour renforcer encore la stabilité du limes. Résult


L’Europe aux vieux parapets

at; après quelques années d’ostracisme, au besoin d’embargo, le récalcitrant rejoint sagement ce qu’il est convenu d’appeler le concert des nations (1).

A considérer le simple rapport des forces de part et d’autre du limes, le N.O.M. apparaîtrait donc comme une fatalité? Heureusement, deux facteurs moins visibles – l’un objectif, l’autre plus subjectif – viennent tempérer ce verdict.

Le premier facteur, objectif, c’est que l’empire du Nord n’est pas homogène, qu’en son sein au moins trois pôles de puissance (après la disparition de l’union Soviétique) se disputent la suprématie. Le N.O.M. ne peut donc pas être réduit à une simple pax americana (2). D’ailleurs tout le monde s’accorde sur ce constat: pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ne possèdent plus les moyens économiques et politiques de l’hégémonie. C’est apparu de façon caricaturale pendant la Guerre du Golfe, où malgré toutes ses précautions diplomatiques et rhétoriques, l’Amérique a fait figure de super-puissance à louer. C’est devenu un poncif de disserter sur le déclin américain, mais qu’on veuille bien considérer la définition de l’hégémonie: non seulement la puissance (la première, bien entendu), mais aussi la légitimisation de cette puissance, c’est-à-dire son acceptation par ceux qui la subissent. Or les Etats-Unis ne remplissent plus aucune de ces conditions. Au plan économique, les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils donnent le vertige: plus de 300 milliards de dollars de déficit annuel, 4.000 milliards de déficit cumulé, 200 milliards d’intérêts annuels... L’Amérique vit au-dessus de ses moyens, et selon la formule du candidat Ross Perot, tout ce qu’elle lèguera à ses enfants et à ses petits-enfants, ce seront des dettes. Dans son best-seller sur “L' ascension et la chute des Grandes Puissances” (3), l’historien Paul Kennedy explique le déclin de la puissance américaine par le coût économique de l’exercice de la puissance militaire: les pays qui sont délivrés de cette contrainte (Allemagne, Japon) peuvent consacrer toutes leurs ressources à des investissements qui favorisent la croissance; à l’inverse, la grande puissance qui stérilise son économie par ses dépenses militaires (USA, URSS) s’appauvrit, et cet appauvrissement, en retour, sape les bases de sa puissance... Cette explication est peut-être valable, mais elle est beaucoup trop courte. Les maux de l’économie et de la société américaines ne sont pas conjoncturels, mais structurels. Si la part des Etats-Unis dans la production mondiale est passée de 50% en 1945 à moins de 25% en 1990 (alors même que cette production mondiale a été multipliée par quatre), si leur technologie n’est plus en pointé que dans quelques domaines (informatique, aérospatiale) à plus ou moins forte connotation militaire, si leur industrie n’est plus compétitive qu’à coups de subventions déguisées et de manœuvres protectionnistes (4)..., c’est bien peut-être parce que la nation des pionniers n’est plus qu’un pays de consommateurs surendettés (près de 20.000 US$ de dettes par tête d’américain, par simple péréquation du déficit cumulé), de plaideurs professionnels (10 avocats pour l’ingénieur; la proportion est inverse au Japon), de scolarisés ignares (un rapport officiel compare le système éducatif américain à un “self service où l’on rentre et d’où l’on ressort avec un plateau vide” (5))... Le leadership politique qu’exerce encore l’Amérique n’est plus fondé sur ses capacités économiques mais sur ses capacités militaires. Il ne peut pas ne pas être contesté par les deux autres pôles de puissance qui sont en train de s’affirmer – Europe et Japon –, dont les intérêts ne sont pas forcément les intérêts américains, et qui seront d’autant moins prêts à s’incliner devant les priorités des Etats-Unis que ceux-ci seront plus débiteurs.

Dans son livre (6), J.-C. RUFIN rappelle que ce cas de figure s’est déjà produit sous Dioclétien, quand le monde romain était partagé entre quatre pouvoirs autonomes (la “tétrarchie”); mais il souligne aussi que cette division en plusieurs centres de pouvoir n’empêchait en rien, et même renforçait, la défense de l’Empire contre le monde extérieur barbare. L’argument est pertinent, et la Guerre du Golfe l’a confirmé: en dépit d’intérêts divergents, le Nord peut se rassembler et dépasser ses clivages lorsqu’un ennemi extérieur lui est offert. Cependant, si l’Empire doit être conçu comme le lieu d’une unification principalement idéologique, et si ses composantes ne partagent pas les mêmes valeurs, alors le problème se repose d’une autre façon, et il n’est pas indifférent de savoir quel système de valeurs va l’emporter. Le déclin américain étant à notre avis irréversible, pour les raisons structurelles exposées plus haut, ne restent en compétition que le pôle nippon et le pôle européen. C’est ici que nous entrons en pleine subjectivité (forcément, dès qu’il s’agit de valeurs...). On a déjà eu l’occasion de dire tout le mal qu’on pensait du modèle japonais, et notamment de son absence de projet (7). Crise économique et financière aidant, ledit modèle fait d’ailleurs entendre des craquements surprenants, et il est permis de douter de sa pérennité quand on voit comment, au Japon même, un nombre croissant de jeunes s’en détournent, corrompus à n’en pas douter par les habitudes occidentales de consommation, de loisirs et de liberté... De sorte que la boucle est bouclée et qu’on en revient à cette vieille Europe d’où sont parties, voici bientôt cinq siècles, tant d’idées qui ont secoué le monde. En ce 5ème centenaire de Christophe Colomb, il est de bon ton – et souvent justifié – de dénoncer une entreprise expansionniste qui a anéanti ou asservi tant de civilisations plus faibles. Mais, justement, si l’on met en accusation l’expansionnisme, l’esclavagisme, le colonialisme..., c'est au nom de quoi? D’une idée universelle de l’Homme, de sa valeur, de ses droits – c’est-à-dire d’un concept inventé par la civilisation européenne. Sans vouloir approfondir, ni même détailler (et encore moins polémiquer?), notons par exemple que l’un des thèmes récurrents de cet artcile, la solidarité, est un thème proprement occidental, né de la conjonction de deux valeurs, l’une gréco-latine (l’individu au centre du monde), l’autre judéo-chrétienne (la fraternité entre les individus). On chercherait en vain ce thème dans toute autre culture, qu’elle soit d’Asie (où la solidarité s arrête au cercle de la grande famille, à la rigueur au village) ou d’Afrique (où, selon les derniers témoignages, même la solidarité tribale a été anéantie par les calamités et les guerres civiles). Le trouverait-on d’ailleurs, qu’il n’aurait pas le sens de catégorie universelle que la République française, par exemple, lui a conféré en frappant ce mot au fronton de ses écoles et de ses palais: “FRATERNITÉ”... A un moment où solidarité et générosité donnent l’impresssion de se perdre entre économisme et démocratie tiède (8), il n’est pas indifférent pour nous que l’Europe se fasse ou se défasse. Comme beaucoup, nous avouons ne pas comprendre grand chose aux subtilités et aux technicités de la CEE, de la CED, de l’Acte Unique, du principe de subsidiarité, de Schengen ou de Maastricht... Nous les soupçonnons même de camoufler la construction d’une Europe des technocrates et des marchands. Mais voilà: pris entre le consumérisme américain et le mercantilisme nippon, c’est le dernier espace universel – le seul susceptible, s’il reste fidèle aux valeurs qu’il a inventées, de nous fabriquer une génération qui refuse “l’universalisme limité” du N.O.M.


Nguyên Quang

 

(*) Voir la première partie de cet article dans notre numéro d’octobre 1992.

(l) Deux des Etats-tampons les plus efficaces (dans leur rôle de tampons) sont la Chine, où jadis le Grand Timonier parlait de la guerre nucléaire comme du seul moyen de remettre tout le monde sur la même ligne de départ, et l’Iran, qui résonnait naguère des imprécations khomeinistes contre le Grand et tous les Petits Satans de l’occident.

(2) Dont le promoteur, d’ailleurs, n’est pas sûr de survivre aux échéances électorales de novembre.

(3) P. Kennedy, Rise and Fall of the Great Powers, Hyman, Londres, 1987.

(4) Les exemples de “coups bas” américains abondent, du Concorde au TGV en passant par la sidérurgie. Voir par exemple L’Obs de l’économie, semaine du 10 au 16 septembre 1992.

(5) On parle ici du système de masse. La formation de l’élite universitaire américaine repose sur un système parallèle de sélection par l’argent. Mais c’est la pointe d’une pyramide qui n’a pas de base.

(6) J.-C. Rufin, L'Empire et les Nouveaux Barbares, Lattès (1991).

(7) Voir Confucianisme et Développement, Đoàn Kết no 397.

(8) C’est aussi le moment que choisissent les ministres français de la Santé et de l’Education nationale pour lancer la journée du “Tiers-Monde à l’école” (20 octobre) et l’opération “Riz pour 1a Somalie”. On peut y voir un gadget, ou au contraire l’apprentissage concret de la solidarité.

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