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Les idées qui ne survivront pas au Coronavirus

Texte de l'auteur de The Sympathizer (Prix Pulitzer 2016), traduit de l'anglais par Nguyễn Quang


Les idées qui ne survivront pas
au Coronavirus


Nguyễn Thanh Việt



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                                    Demetrius Freeman (The New York Times)


Le Covid-19 est en train de tuer le mythe que nous sommes le plus grand pays du monde.

Les gens me demandent parfois ce qu’il faut pour être écrivain. Je leur réponds que tout ce que vous avez à faire, c’est de lire constamment ; d’écrire pendant des milliers d’heures ; et de posséder la capacité masochiste d’endurer le rejet et l’isolement. Il s’est avéré que ces qualités m’ont bien préparé à vivre au temps du coronavirus.

Le fait que j’apprécie presque cette période d’isolement – sans tenir compte d’accès de paranoia à propos de ma mort imminente, et de rage contre les dirigeants de notre nation – me donne une conscience aigüe de mon privilège. C’est seulement à travers les médias et les réseaux sociaux que je prends conscience de la dévastation qui s’abat sur des gens qui ont perdu leur boulot et ne savent comment payer leur loyer. Des histoires d’horreur que médecins et infirmières rapportent sur les malades que frappe le Covid-19, sur les victimes qu’il arrache à leurs êtres chers.

Beaucoup d’entre nous ont ainsi un aperçu d’un enfer dystopique. D’autres sont en train de le vivre.

Si quelque chose de bon pouvait naître de cette période, ce serait une prise de conscience de l’état réel de notre corps politique avant que la crise éclate. Nous n’étions pas en aussi bonne santé que nous le pensions. Le virus biologique qui attaque en ce moment les individus est aussi un virus social. Ses symptômes – inégalité, insensibilité, égoïsme, et une poursuite du profit qui sous-estime la vie humaine et surestime les biens matériels – ont été trop longtemps masqués par l’optimisme bon enfant d’un certain exceptionnalisme américain, le teint rubicond d’un malade qui s’ignore, à quelques battements de cœur au bord de la crise cardiaque.

Même si l’Amérique que nous connaissons survit au coronavirus, elle ne s’en sortira pas indemne. Si l’illusion de son invincibilité doit s’envoler pour un malade qui s’en sort de justesse, alors ce qui devrait mourir après le Covid-19, c’est le mythe que nous sommes le meilleur pays au monde, une croyance communément partagée même par les pauvres, les marginaux, les précaires, tous ceux qui doivent croire à leur propre américanité à défaut d’autre chose.

Peut-être que la sensation d’emprisonnement pendant la quarantaine nous aidera à imaginer ce qu’est un vériable emprisonnement. Il y a, bien sûr, les vraies prisons, celles où nous avons entassé des être humains sans aucune protection contre la menace du coronavirus. Il y a les camps de réfugiés et les centres de rétention qui sont des prisons de facto. Il y a l’emprisonnement économique de la misère et de la précarité, quand une facture non réglée peut signifier l’expulsion, quand la maladie sans une assurance peut signifier la mort.

Mais en même temps, prisons et camps ont souvent été les foyers d’une nouvelle prise de conscience, quand les détenus se radicalisent, deviennent des activistes et même des révolutionnaires. Est-ce trop d’espérer que la mise en isolation forcée de nombreux Américains, la mise forcée au travail de nombreux autres, pourraient susciter un processus radical de réflexion  sur soi-même, d’évaluation de soi-même, éventuellement de solidarité les uns envers les autres ?

Une crise induit souvent des réflexes de peur et de haine. Nous assistons déjà au contre-coup raciste provoqué par le « virus chinois » à l’encontre des Américains d’origine asiatique. Mais nous avons le choix : Devons-nous accepter un monde de division et de pénurie, où nous devrons nous battre pour des ressources et des opportunités toujours plus rares, ou plutôt réfléchir à un futur où la valeur d’une société se jugera au soin qu’elle prendra des malades, des pauvres, des personnes âgées ou différentes ?

En tant qu’écrivain,  je sais qu’un tel choix peut se poser au milieu d’un récit. C’est le tournant de l’histoire. Un héros – dans le cas présent, le corps politique américain, sans même mentionner son président – se retrouve face à une décision cruciale qui révèlera la nature fondamentale de son être.

Nous n’en sommes pas encore au tournant du drame, seulement à la fin du premier acte, quand nous prenons lentement conscience de la menace qui fond sur nous et réalisons enfin qu’il nous faut réagir. Pour l’heure, il s’agit simplement de faire ce que nous devons pour combattre le virus et survivre en tant que nation, une nation affaiblie mais toujours présente.

Le tournant viendra quand le héros fera face à un ennemi digne de ce nom – non pas un ennemi faible ou marginal ou différent,  mais quelque chose ou quelqu’un de vraiment monstrueux. Le Covid-19, aussi terrible soit-il, n’est qu’un méchant de cinéma. Notre ennemi véritable ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur.  Ce n’est pas le virus, mais notre réponse au virus – une réponse  qui a été dégradée et déformée par les inégalités structurelles de notre société.

L’histoire de l’Amérique est celle d’une colonisation et d’un capitalisme qui ont brutalement exploité les ressources naturelles et les populations, typiquement les pauvres, les migrants, les noirs et les bruns. Ce fond historique se manifeste aujourd’hui dans notre tendance à accaparer, sachant que nous vivons dans une économie d’autonomie et de rareté, dépendant d’une main-d’œuvre bon marché recrutée dans la population féminine et les minorités raciales, et négligeant volontairement tout système de santé publique, de sécurité sociale, de revenu universel de base et d’accès à l’éducation pour les plus nécessiteux d’entre nous.

Ce qu’a révélé la crise, alors que nous sommes presque tous devenus vulnérables – même les grandes entreprises et les riches – c’est que notre gouvernement donne la priorité aux moins vulnérables d’entre tous.

S’il s’agissait ici du récit hollywoodien classique, maintenant serait le tournant décisif, où l’extraordinaire super-héros américain, hésitant et réticent dans le premier acte, ferait le bon choix pour vaincre le méchant Covid-19, rétablissant l’ordre des choses dans une société  qui pourrait enfin retourner à son état antérieur.

Mais si notre société devait seulement retourner à son état antérieur, ce serait une victoire à la Pyrrhus. Nous sommes en droit d’attendre une suite, non seulement une mais plusieurs suites, jusqu’à l’épisode final : la catastrophe climatique. Si notre ratage avec le Covid-19 n’était que la bande-annonce du futur ratage du gouvernement US face au défi climatique, alors nous sommes condamnés.

Cependant, au milieu de la galère, on peut voir des signes d’espoir et de courage : des travailleurs se mettant en grève contre l’exploitation ; des gens ordinaires donnant leurs masques, leur argent, leur temps ; des malades et des soignants criant leur outrage devant l’état lamentable de notre système de santé ; un commandant de la Marine sacrifiant sa carrière pour protéger son équipage ; et même des étrangers disant bonjour à d’autres étrangers, ce qui dans ma ville, Los Angeles, constitue un acte presque radical de solidarité.

Je sais que je ne suis pas le seul à remuer ces pensées. Peut-être que le confinement donnera finalement aux gens la possibilité de faire ce que font les écrivains : imaginer, faire de l’empathie, rêver. Avoir le temps et le luxe de faire cela, c’est déjà vivre au bord de l’utopie, même si souvent les écrivains en profitent pour décrire des dystopies. Je n’écris pas seulement pour le plaisir, mais aussi par peur – peur que si je n’écris plus de nouvelle histoire, je ne pourrai plus vraiment vivre.

Les Américains émergeront peut-être de l’isolement pour faire l’inventaire des victimes, c’est-à-dire des gens et des idées à la fois qui n’auront pas survécu à la crise. Et alors nous devrons décider quelle histoire laissera les survivants vraiment vivre.

traduit de l'anglais par Nguyễn Quang



Nguyễn Thanh Việt (Viet Thanh Nguyen) : Ecrivain américain d'origine vietnamienne (né au Vietnam en 1971), professeur à l'Université de Californie du Sud (Professor of English and American Studies and Ethnicity), auteur de The Sympathizer (roman, Prix Pulitzer 2016, traduit en français sous le titre Le Sympathisant, ed. Belfond, 2017), The Refugees (recueil de nouvelles, 2017) et de nombeux essais : Nothing Ever Dies: Vietnam and The Memory of War (2016, Harvard University Press), Race and Resistance: Literature and Politics in Asian America (2002, Oxford University Press)


Texte original : The Ideas That Won’t Survive the Coronavirus (The New York Times, April 10, 2020)

Bản dịch tiếng Việt : Những tư tưởng không thể tồn tại qua thời virus corona (Tiếng Dân, 11.4.2020, bản dịch của Nguyễn Hoàng Anh)

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