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Présidentielle 2017 : En Marche?

Actualisé le 15 mai, après la nomination du Premier ministre.


Présidentielle 2017

EN MARCHE ?

Nguyễn Quang


L’édition du printemps 2017 restera certainement dans l’Histoire comme la plus théâtrale (au sens de « coups de théâtre ») et la plus renversante (au sens de « renverser l’échiquier ») des dix élections présidentielles de la Vème République française. Même un tâcheron de série Z n’aurait pas osé signer un scénario pareil. 

Pensez donc. Au sommet, un Président impopulaire, François Hollande, renonce à se représenter pour « éviter une humiliation », une première dans les annales du suffrage universel. 

A droite, aux élections primaires de LR (Les Républicains), le favori de longue date, l’ancien Premier ministre  Alain Juppé, se fait écrabouiller à 66,5% contre 33,5% par un autre ancien Premier ministre, François Fillon, surtout connu jusque-là comme le « collaborateur » de Nicolas Sarkozy ; lequel Fillon s’écrase à son tour pour cause d’ennuis judiciaires. 

A gauche, aux primaires du PS (Parti Socialiste), un trublion « frondeur », Benoît Hamon, jusque-là surnommé « Petit Benoît », élimine le Premier ministre (encore un !) sortant, Manuel Valls, à 58,7% contre 41,3% , mais fait ensuite naufrage au premier tour, lesté d’un score humiliant de 6,35% . 

Plus à droite et plus à gauche, deux candidats populistes se disputent au coude à coude le droit d’accéder au second tour, à droite, Marine Le Pen (Front National), à gauche, Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise), qui rate la marche de peu (19,6% contre 21,3%) et se retire sur l’Aventin pour couver son capital électoral de 7M de voix. 

Et à la fin, c’est un jeunot (même pas la quarantaine) qui l’emporte à 66,1%, certes ancien ministre, mais sans passé politique, totalement inconnu il y a trois ans, à la tête d’un mouvement (même pas un parti) encore inexistant il y a un an. 

Comment la start up d’En Marche a-t-elle pu en douze mois propulser son fondateur à la tête de l’Etat ? Certains invoqueront « la fortune qui sourit aux audacieux », d’autres un exceptionnel « alignement des astres ». Plus réalistement, on peut y voir un double symptôme : la déréliction certaine des institutions de la Vème République couplée à une certaine décomposition/recomposition de la société civile.



42 Avril


Rappelons que, suivant la Constitution de 1958, la Vème République  est un régime parlementaire semi-présidentiel, où le pouvoir exécutif est partagé entre le Président et son Premier ministre, ce dernier étant seul responsable de sa politique devant l'Assemblée nationale. Le système de scrutin majoritaire à deux tours lui a garanti pendant soixante ans une stabilité exceptionnelle (en comparaison par exemple de la IVème), avec en contre-partie l’instauration de fait d’un fonctionnement bipartisan (un peu à l’image des Etats-Unis), plus précisément, compte tenu de l’héritage historique de 1789, d’une alternance au pouvoir du dipôle exclusif droite-gauche qui a fini par paralyser l’action politique. 

Dans un court essai sur ce qu’il appelle le PAF (1), Brice Teinturier rapporte l’épisode absurde de l’examen en Janvier 2015 de la loi Macron pour « déverrouiller l’économie française », qui disposait au Parlement d’une majorité de fait en sa faveur, mais qu’en fin de compte le gouvernement a dû faire passer en force en utilisant le 49.3. Pourquoi ? La gauche ergotait sur le nombre de dimanches ouvrables dans l’année, à cinq on restait dans le socialisme, à douze on basculait dans la trahison libérale, donc les « frondeurs » allaient s’abstenir. La droite trouvait que le projet allait dans le bon sens, mais pas assez loin, donc allait voter contre ! Les historiens ne pourront pas ne pas penser à la chute de Constantinople en 1453, quand les religieux byzantins discutaillaient encore du sexe des anges alors que les armées ottomanes campaient aux portes de la ville…

Ce type de confrontation stérile n’est pas un phénomène récent, puisque déjà le jeune – moins que Macron quand même – président VGE (1974-1981) avait théorisé que la France voulait être « gouvernée au centre », mais qu’il fallait pour cela rassembler « deux Français sur trois » (2). Une tâche insurmontable pour toutes les formations centristes qui s’y sont attelées, la dernière en date étant le Modem de François Bayrou. « Ni à gauche, ni à droite », autant résoudre la quadrature d’un cercle dont la circonférence est partout et le… centre, nulle part ! On ne peut croire que le changement de pied sémantique du candidat Macron, « Et de droite et de gauche », ait pu suffire à le placer au… centre du jeu. 

Les astrologues n’avaient pas tort d’invoquer un alignement des planètes, en l’occurrence la conjonction de décennies de multiples crises en apparence insolubles (économique, sociale, morale…, voir ci-après) qui ont fini par ancrer dans les esprits un sentiment d’impuissance de l’action politique. Alors que l’enjeu essentiel de la politique est la capacité à transformer le réel, les bilans calamiteux des deux derniers quinquennats (où successivement les deux présidents Sarkozy, puis Hollande ont disposé pourtant de tous les leviers du pouvoir, exécutif et législatif) n’ont pas peu contribué au résultat étonnant d’un sondage réalisé par Ipsos en Mai 2016 : 3% seulement des Français estimaient que l’action gouvernementale avait amélioré leur situation personnelle, 60% qu’elle l’avait détériorée et 36% qu’elle n’avait eu aucune incidence !

Dans ce climat de désenchantement, on peut s’étonner que 78,69% des électeurs se soient quand même déplacés au premier tour, une participation à peine inférieure à celle de 2012. Mais il ne faut pas oublier qu’on vit dans le pays le plus politisé du monde, et les votants en ont profité, selon l’élégante expression de Jean-Luc Mélenchon, pour « dégager » les sortants, et même faire coup double. Le 42 Avril 2017, c’est deux fois le coup de tonnerre du 21 Avril 2002 qui avait vu l’élimination de Lionel Jospin : pour la première fois, les deux grands partis qui ont structuré la vie de la Vème République sortent par la petite porte, et la question se pose légitimement de savoir s’ils ne sont pas sortis de l’Histoire. Certes, la qualification d’En Marche pour le second tour doit autant au talent de son chef qu’à l’ardeur de ses militants, mais également au petit quart d’électeurs qui ont eu envie « d’essayer pour voir » ce que donnerait un changement générationnel doublé d’un social-libéralisme anti-décliniste. Certes, le président élu a capté au final les 2 Français sur 3 dont rêvait VGE, mais c’était plus que probablement par défaut, en tant que dernier garant des valeurs ré-publicaines contre un FN qui a quand même recueilli l’adhésion du 3ème Français sur 3. 

Mais imaginons un instant qu’Emmanuel Macron réussisse à marcher jusqu’au bout de sa « troisième voie ». S’installerait alors au centre du paysage politique un gros conglomérat social-libéral attrape-tout qui ne laisserait plus guère de place entre lui et les deux populismes, Mélenchon à gauche et Le Pen à droite. Les deux grands partis classiques sont objectivement mal partis. Certes, LR défend encore officiellement les valeurs républicaines, mais il est poreux sur sa droite, et ce n’est pas en se droitisant qu’il s’en sortira, tant il est vrai que l’électeur FN préférera toujours l’original à la copie. Les perspectives sont encore pires pour le PS, qui est pris dans une contradiction idéologique. Les socialistes restent subjectivement de gauche, ils poursuivent un objectif de redistribution, mais en se sou-mettant à une règle du jeu libérale qui les pousse objectivement à droite. La schizophrénie n’est pas recommandée en politique.



Fracture sociale


Quel enseignement de fond tirer d’un scrutin forcément binaire ? La lecture cartographique des résultats de 2017 révèle clairement un pays coupé en deux : la France dynamique des grandes villes contre la France rurale ou péri-urbaine en déclin ou en difficulté ; l’arc atlantique prospère contre l’arc nord-nord-est désindustrialisé. A l’issue des deux tours, les sondages ont confirmé les déterminants socio-économiques classiques en révélant que c'est chez les électeurs les plus diplômés, les plus qualifiés et les plus aisés que le candidat d’En Marche a obtenu ses meilleurs scores. Jérôme Fourquet, de l’Ifop, a même pu mettre en évidence un effet « richesse » reliant le vote moyen dans une commune à la proportion de foyers fiscaux assujettis à l’impôt sur le revenu (3). Un « vote de classe » donc, plus accentué que d’habitude, mais qu’on doit ausculter de plus près pour découvrir, derrière l’habituel clivage simplificateur gauche-droite, les multiples lignes de fracture.

« La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale. Certes, tout n'y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l'ensemble de la Nation supporte la charge. La "machine France" ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français (…) Dans les banlieues déshéritées règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d'études incertaines, ils finissent par se révolter. Pour l'heure, l'État s'efforce de maintenir l'ordre et le traitement social du chômage évite le pire. Mais jusqu'à quand ? (…) La gravité de la fracture sociale menace - je pèse mes mots - l'unité nationale ».

De qui est ce discours ? C’est Jacques Chirac qui l’a prononcé pour lancer sa campagne victorieuse de 1995. C’est Henri Guaino qui l’a écrit en s’appuyant sur une note rédigée par Emmanuel Todd pour la fondation Saint-Simon. Mais c’est le philosophe Marcel Gauchet (4) qui a théorisé en 1984 (!) le concept de « fracture sociale », initialement pour décrire, dans une configuration qui n’est plus la lutte des classes au sens marxiste, un état de « très forte hétérogénéité » d’une société dissociée. Dans le schéma marxiste l’enjeu central et les camps en présence étaient relativement bien identifiés, mais ici et maintenant, les conflits abondent sans pouvoir se fédérer. Puisque nous ne sommes plus en 1984 et que nous bénéficions de l’effet de perspective, citons en vrac la marchandisation, la mondialisation, le capitalisme financier, le déclassement, le chômage…, autant de dynamiques de fragmenta-tion et de déconnexion qui stratifient la société et ses expressions politiques.

Premier tour


Second tour

 La fracture, ce sont deux ou plusieurs mondes qui vivent en apartheid au sein d’une même société, pour ainsi dire spontanément, qui sont antagonistes mais ne se confrontent pas : la France « d’en haut » et celle « d’en bas », les diplômés supérieurs et les inférieurs non diplômés, les gagnants de la mondialisation et ses perdants, les « élites nomades » et les bouseux sédentaires, les « bobos » et les « périphériques »… On pense à l’homme de masse pré-totalitaire décrit par Hannah Arendt, un individu atomisé qui vit l’expérience de la « désolation », c’est-à-dire du déracinement social et culturel.

Le populisme de droite montre qu’il n’a aucune prise sur la fracture sociale quand il y répond simplistement par le repli identitaire. Malheureusement ça marche, voir la progression constante de l’extrême-droite en France : en trente ans , le FN est passé des 4,38 M de voix pour Le Pen père en 1988 aux 5,53 M pour le même en 2002, puis aux 10,64 M pour Le Pen fille en 2017. La parole altérophobe est maintenant totalement libérée, et en face, le front républicain se lézarde : 200.000 manifestants sont descendus spontanément dans la rue en Avril 2002, quelques centaines seulement en Avril 2017. Les principales têtes des Républicains appellent à faire barrage au FN en votant pour Macron, mais le bureau politique se contorsionne pour appeler à « voter contre Marine Le Pen » et ainsi laisser entendre qu’après tout, le « ni, ni » naguère prôné par Sarkozy… 

Mais la pire indignité morale est à mettre au compte du chef des Insoumis. Lui qui en 2002 se lançait dans des exhortations enflammées : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel », en 2017 se réfugie derrière une consultation bidon des militants pour ne pas donner de consigne. Quitte à renvoyer dos à dos un adversaire politique (Macron) et une candidate anti-républicaine (Le Pen). Au lendemain du premier tour, on aurait pu croire à une blessure d’ego (un ego surdimensionné, comme chacun sait). Mais maintenant que les législatives sont lancées, le petit calcul politique apparaît clairement : « Je ne veux pas gêner le PS, je veux le remplacer ! ». Mélenchon fait une OPA sur les décombres de la gauche, et pour cela il ne fallait surtout pas donner de mot d’ordre clivant qui aurait risqué de fracturer l’unité hétéroclite des Insoumis.



Et maintenant ?


Et maintenant, il faut attendre les législatives de Juin. La réforme constitutionnelle de 2002 qui a institué le quinquennat a également inversé l’ordre des élections présidentielles et législatives, dans le but avoué d’éviter la répétition des « cohabitations » qui avaient perturbé les mandats de François Mitterrand et de Jacques Chirac. But atteint jusqu’à maintenant, puisque les électeurs ont toujours voté de façon cohérente et donné au président élu la majorité nécessaire pour gouverner. Mais la situation d’aujourd’hui est inédite. La formation nouvellement baptisée La République en Marche (LREM), qui vient pour ainsi dire de naître à la politique, ne dispose d’aucun appareil rodé ni d’aucune assise parlementaire, et elle va devoir se frotter dans 477 circonscriptions à des caciques et des apparatchiks bien installés, bénéficiant de la connaissance du terrain et d’une prime de d’installation, deux atouts majeurs dans une campagne de proximité. La tâche paraît d’autant plus ardue que, prisonnière de son image de marque, LREM se présente avec une majorité de candidats néophytes, issus en outre de la société civile. C’est sympathique, mais il y aura en face des professionnels aguerris qui défendront chèrement leur peau et celle de leur parti. La petite habileté de Macron - réserver une grosse centaine des investitures LREM à d’éventuels transfuges qui accepteraient de participer à son entreprise de refondation, sans pour autant renier leur parti d’origine - semble pour l’instant réussir mieux à gauche qu’à droite, mais pas dans des proportions suffisantes. Il reste au président élu une carte importante à jouer, le choix de son Premier ministre, mais ce sera son dernier atout. Dans l’espoir d’enfoncer un coin dans la droite, le président élu a donc abattu son atout maître en nommant Premier ministre le maire LR du Havre, Edouard Philippe, mais c’est sa dernière carte. Or, qu’il gouverne avec une majorité ou une coalition, qu’on acquiesce ou pas à son projet social-libéral (voir annexe), il faut souhaiter qu’il réussisse. Parce que dans cinq ans, ce sera le second mandat Macron ou le premier mandat Le Pen.

 

NQ




Notes:


(1) B. Teinturier, « Plus rien à faire, plus rien à foutre », 2017, Robert Laffont

(2) V. Giscard d’Estaing, « Deux Français sur trois », 1984, Livre de Poche

(3) Pour plus de détails, voir http://www.atlantico.fr/decryptage/vote-classe-effet-richesse-cle-carte-electorale-favorable-emmanuel-macron-jerome-fourquet-3039464.html#Jg7I620cLTwgJFxM.99

(4) M. Gauchet, « Le désenchantement du monde », 1984, Gallimard



Annexe


Macron : un programme d’équilibriste


(d’après Libération, 02/03/17) 



Emmanuel Macron est-il le «candidat de l’oligarchie», ce dont il se défend, ou celui «des classes moyennes et populaires» comme il le revendique ? Dévoilé pour la première fois jeudi (02/03/17) dans son intégralité, le programme présidentiel du fondateur d’En marche est si multiforme qu’il y a matière à soutenir l’une ou l’autre des deux thèses. La première trouvera dans la volonté du candidat d’ôter le capital productif de l’assiette de l’ISF ou de réduire l’imposition des revenus du capital, un parti pris clair en faveur des riches et des puissants. La seconde lira comme une main tendue aux gens du commun, sa promesse d’exonérer de taxe d’habitation 80 % des ménages, de dissuader les entreprises d’avoir recours aux contrats courts, de donner plus de moyens aux écoles des quartiers défavorisés ou d’éradiquer les conflits d’intérêt de la vie publique. Mais l’ensemble du projet de 300 pages se dérobe au verdict manichéen. On n’y trouve pas trace de «purge» thatchérienne des finances publiques ou de ponction fiscale des classes populaires prônées par Fillon ; mais pas non plus de volonté de protéger les plus fragiles contre une insuffisance de travail, leitmotiv de Hamon. Il est à mille lieux de la rupture avec le capitalisme souhaité par Mélenchon, et plus loin encore de la promesse de fermeture du pays - économique, migratoire et culturelle - sur laquelle surfe Le Pen…

Continuité.  «Est-ce un projet de droite, est-ce un projet de gauche ?  Ma réponse, c’est que c’est un projet pour faire entrer la France dans le XXIe siècle, faire réussir le pays, et donner à chacun une place dans la société. Bref, en finir avec le chômage de masse». L’intention est louable. Reste à savoir quels leviers le candidat compte actionner pour réussir là où tous les gouvernements ont échoué depuis trente ans, et singulièrement sous le dernier quinquennat, dont il a largement inspiré la politique économique. Car Macron s’inscrit a priori dans la continuité de la politique sociale libérale menée par François Hollande. A l’inverse de la plupart de ses compétiteurs, le candidat d’En marche entend ainsi respecter les engagements financiers signés par la France pour préserver l’avenir du projet européen. Lourde, la contrainte oblige à poursuivre l’effort de réduction de la dépense publique et flexibiliser encore le marché du travail. Cette orientation, Macron l’assume pour partie : «Beaucoup de bonnes décisions ont été prises sous le dernier quinquennat.» Mais c’est pour aussitôt marquer sa différence: «J’ai eu des désaccords stratégiques avec le Président, c’est pourquoi j’ai créé En marche, démissionné du gouvernement puis de la fonction publique. Si j’étais convaincu d’être dans la continuité, je n’aurais pas pris tous ces risques : je porte un projet nouveau, clair avec un équilibre neuf.» Un projet de droite et de gauche, axé sur la responsabilité des acteurs, la liberté d’agir et d’entreprendre et l’instauration de l’égalité réelle des chances. L’égalité femme-homme est érigée au rang de «cause nationale».

Réformes.  L’ancien ministre veut croire en la force du contrat passé avec les citoyens, les syndicats, les fonctionnaires ou les collectivités locales : «Nous faisons le travail pédagogique et j’assume les réformes les plus dures, insiste-t-il. Sur le travail, l’assurance chômage, la formation professionnelle ou l’éducation, les décisions seront prises dans les premiers mois du prochain quinquennat. Il n’y a pas de fatalité à la grève ou au refus. Si je suis élu, cela veut dire que les citoyens considèrent que c’est souhaitable pour le pays.» Macron espère que, nimbé de la légitimité démocratique, il sera en mesure de réduire les inévitables résistances. Comme tous ses concurrents.

Des mesures novatrices


Suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des Français. Emmanuel Macron juge la taxe d’habitation «injuste» et veut en exonérer 80 % des assujettis, soit «tous les Français des classes moyennes et populaires». Le diagnostic est vrai : fondée sur des «bases locatives» totalement obsolètes, cette taxe est plus chère dans les grands ensembles que dans les immeubles haussmanniens, dans les villes pauvres à faibles services que dans les communes riches où l’on trouve tout. Le candidat promet que l’Etat compensera le manque à gagner pour les communes à «l’euro près». Mais cette recentralisation fait hurler les associations de collectivités, échaudées par les dernières baisses de la dotation globale de fonctionnement.

Vers une assurance chômage universelle. Ce n’est pas une réforme, mais une révolution totale, que propose Macron. Outre sa volonté de reprendre aux partenaires sociaux le pouvoir de définir «la stratégie et les décisions relatives à l’Unédic» pour le remettre dans les mains de l’Etat, le candidat veut créer un droit à l’assurance chômage pour tous. Premiers visés : les salariés qui démissionnent. Ils pourraient désormais, contrairement à aujourd’hui, prétendre aux allocations chômage, mais une seule fois tous les cinq ans. Autres gagnants, les artisans, les commerçants indépendants, les entrepreneurs, les professions libérales, et les agriculteurs y auraient aussi droit. Pour financer ce surcoût, le candidat compte sur une baisse «significative» du taux de chômage «qui doit pouvoir revenir à 7 % en fin de quinquennat». Et pour y parvenir, il mise notamment sur «un contrôle accru de la recherche d’emploi» et un renforcement des sanctions à l’encontre des chômeurs. Ainsi, le refus de «deux emplois décents», selon des critères de salaire et de qualification, ou une recherche d’emploi «insuffisante» entraîneraient une suspension des allocations. Une logique de sanction proche de celle qui existe déjà aujourd’hui.

Stage d’été pour les élèves en difficulté. Parce qu’«une part importante des inégalités scolaires se joue en dehors de la salle de classe», Macron propose des stages de remise à niveau en fin de vacances d’été pour les écoliers en difficulté, en s’appuyant sur les professeurs volontaires. Il veut aussi remettre au goût du jour «l’étude dirigée» au collège, en mobilisant les enseignants, mais aussi les retraités motivés et les étudiants.

Renégocier le «Privacy Shield» d’ici à 2018. Le nouvel accord-cadre qui autorise le transfert des données personnelles des citoyens européens vers le territoire américain, entré en vigueur le 1er août, a été jugé insuffisant par nombre de défenseurs de la vie privée. Depuis que Trump est aux manettes, les inquiétudes sont encore plus vives… Sur ce terrain, le candidat Macron entend manifestement aller à l’offensive, en le renégociant. Il propose aussi de créer une «agence européenne pour la confiance numérique», chargée de réguler les grandes plateformes.

Un «pass» culture de 500 euros. Pour favoriser et démocratiser l’accès à la culture, ce «pass» permettra à chaque Français de 18 ans d’effectuer 500 euros de dépenses culturelles (cinéma, théâtre, livres…). Le candidat d’En marche assure que cette mesure n’enlèvera aucune subvention au budget de la culture.

Vers une moralisation de la vie publique. Interdiction pour les parlementaires d’exercer des activités de conseil et d’employer des proches ou des membres de leur famille en tant qu’attachés parlementaires, fin du régime spécial de retraite des parlementaires, fiscalisation de leur rémunération… Macron, sous l’influence de Bayrou, a choisi de durcir son programme. Beaucoup de ces mesures, qui renforcent celles nées après l’affaire Cahuzac, ont cependant déjà été proposées, notamment par Benoît Hamon. En revanche, Macron reste toujours aussi flou sur la dose de proportionnelle qu’il voudrait introduire dans les législatives.


Des mesures déjà vues


Presque toute sa politique environnementale. En matière d’écologie, Macron se situe dans la parfaite continuité de la politique de Hollande. La quasi-totalité des mesures, bien que souvent présentées comme neuves, existent déjà ou ne font que confirmer des engagements de l’actuel Président. Pour «sortir la France des énergies fossiles», Macron veut fermer les quatre centrales à charbon restantes dans l’Hexagone d’ici 2022, interdire l’exploration des gaz de schiste, ne délivrer aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures, et faire monter en puissance la taxe carbone (visant 100 euros la tonne de CO2 en 2030). Tout ceci a déjà été promis ou est inscrit dans la loi. Il maintient aussi le cap de 50 % de nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025 (contre 75 % aujourd’hui)… sans dire comment y arriver. Seul «engagement» (mais rien de révolutionnaire), fermer la centrale alsacienne de Fessenheim. Quand le candidat d’En marche promet de «doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque» d’ici 2022, il s’agit même d’une régression par rapport à ce que prévoit l’arrêté d’avril 2016. Il refuse de s’engager pour une sortie du diesel en 2025, mais promet que sa fiscalité sera alignée sur celle de l’essence d’ici 2022… ce qui est déjà prévu. Idem pour la prime de 1 000 euros pour l’achat de véhicules «plus écologiques». Sur les perturbateurs endocriniens, la continuité est aussi de mise, avec un peu de neuf, bien que flou : «L’Etat interdira au plus vite [ceux] repérés comme ayant des impacts sanitaires avérés ou probables, dès lors qu’il existe des solutions scientifiquement reconnues comme moins toxiques.» Plus novateur, Macron promet de faire en sorte que d’ici 2022, la restauration collective - y compris privée - propose «au moins 50 % de produits biologiques, labels de qualité, ou locaux», ce qui laisse une grande part de flou. Enfin, sur l’économie circulaire, «tout existe déjà, à part l’objectif de 100 % de plastique recyclé d’ici 2025», remarque l’avocat Arnaud Gossement.

Réduction de la dépense publique. En matière de finances publiques, Macron entend poursuivre la cure d’amaigrissement de son ex-mentor, mais en l’amplifiant un peu. François Hollande avait annoncé 50 milliards d’euros d’économies en trois ans (2015-2017) mais il n’en fera que 40, au mieux. Le candidat d’En marche, lui, promet d’économiser 60 milliards d’ici 2022, de manière à ramener la part de la dépense publique dans le PIB de 56,5 % aujourd’hui (record mondial à égalité avec le Danemark) à 52 %, soit une réduction de moitié de l’écart qui sépare la France du reste de la zone euro (48,5 %). Un objectif d’autant plus difficile à tenir que la remontée attendue des taux d’intérêts risque de le priver d’un levier qui a compté pour 40 % dans la réduction du déficit public depuis 2011 selon la Cour des comptes. En outre, l’économiste Philippe Martin a précisé dans Libération, que ramener la dépense publique à 52 % du PIB sur cinq ans nécessiterait, en tenant compte des hypothèses de croissance de Macron, de réaliser 170 milliards d’euros d’économies !

Banlieues : des «contrats francs» réchauffés. Pour favoriser les embauches dans les quartiers populaires, particulièrement touchés par le chômage, Macron propose la création d’«emplois francs». Les sociétés qui embaucheront un habitant des quartiers prioritaires de la politique de la ville en CDI, recevront 5 000 euros par an pendant trois ans. Cette somme correspond aux charges patronales pour un emploi au smic. Cette idée, expérimentée pendant le quinquennat, s’est soldée par un échec. Lancée en 2013, cette mesure dont l’objectif était de 10 000 personnes, a été arrêtée deux ans plus tard faute d’embauches.

7 500 policiers et 2 500 gendarmes de plus en cinq ans. Le candidat d’En marche maintient sensiblement le même rythme que François Hollande, puisque ce dernier aura créé 8 837 postes à la fin de l’année, selon un rapport des inspections générales de l’administration (IGA) et des finances (IGF).


Des mesures de gauche


Pénaliser les abus de CDD. Macron entend «responsabiliser» les employeurs. Comment ? En créant un «bonus-malus sur l’assurance chômage». Ainsi, explique-t-il, «les employeurs qui entretiennent la précarité en recourant exagérément aux contrats courts paieront plus de charges, ceux qui créent des emplois stables en paieront moins». Cela devrait satisfaire les syndicats de salariés, qui se battent depuis plusieurs mois pour imposer une telle mesure dans la négociation sur les nouvelles règles de l’assurance chômage. Quant aux représentants du patronat, Medef en tête, ils y sont totalement opposés.

Doubler la prime d’activité. Afin que «toute reprise d’emploi se traduise par un supplément de revenu conséquent», le candidat propose d’augmenter la prime d’activité (versée aux salariés gagnant moins de 1 500 euros par mois). Cette mesure, qui part du principe que l’écart entre les minima sociaux et les revenus d’un travail mal payé n’est aujourd’hui pas assez incitatif, devrait représenter un réel coup de pouce pour les salariés les plus modestes (près de 80 euros supplémentaires par mois pour un smic).

Taxer moins le travail et davantage le patrimoine. Autre mesure pour le pouvoir d’achat des salariés et des indépendants : la réduction de leurs cotisations sociales en supprimant celles dédiées à la maladie et au chômage. «Tous les salariés verront leur salaire augmenter», promet Macron. Un employé qui gagne 2 200 euros net par mois économiserait 500 euros net par an. Pour financer le tout, il envisage une «hausse de moindre ampleur de la CSG [contribution sociale généralisée, ndlr]», soit 1,7 point en plus (sauf pour les retraites modestes et les indemnités chômage). Une mise à contribution du capital qui devrait soulager les salariés, au risque de pénaliser les retraités les plus aisés, et de rompre avec le principe mutualiste à la base de la protection sociale.

Une police de proximité… mais répressive. «On a trop confondu la sécurité publique et l’intervention. Je propose de créer des policiers qui seront en permanence sur le terrain, travailleront avec les élus et les associations de quartier», a précisé Macron lors de sa conférence de presse. Il propose que ces policiers sanctionnent les «petites doses de cannabis» et les «incivilités du quotidien» par des amendes. Ils pourraient également «interdire à un individu générateur de troubles la fréquentation d’un lieu durant un certain temps». Macron propose aussi «d’oraliser» les affaires simples pour libérer du temps. En creux, il souhaite le retour d’une forme de police de proximité, plus répressive que dans le passé.

Taxer les «grands groupes de l’Internet» en France. C’est un serpent de mer : comment lutter contre les pratiques d’optimisation fiscale des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui s’en vont loger leurs profits dans les pays les plus arrangeants pour échapper à l’impôt ? En décembre, le Conseil constitutionnel a censuré la «taxe Google» adoptée au Parlement. Macron veut faire du sujet «une priorité de [son] action européenne». Reste à savoir si ça suffira.

Des classes de 12 élèves en CP-CE1 en REP. Concentrer les efforts sur les quartiers dits prioritaires (donner plus à ceux qui ont moins) s’inscrit dans la tradition de la gauche. Macron veut mieux rétribuer les enseignants de REP + en leur versant une prime annuelle de 3 000 euros (la prime a déjà été doublée et portée à 2 700 euros). En jouant sur la taille des classes, il s’inscrit dans la continuité du quinquennat : c’était le sens du dispositif «plus de maîtres que de classes» de Hollande, déployé en priorité dans les quartiers difficiles. Macron propose d’aller plus loin avec des classes dédoublées en CP et CE1, même si la recherche n’est pas unanime sur le lien entre effectifs et performances.


Des mesures de droite


Travailler plus pour gagner plus. C’était une proposition phare du Nicolas Sarkozy de 2007 : les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires sont aussi au programme du candidat Macron. La mesure avait été supprimée en 2012, par François Hollande, car jugée peu pertinente en période de fort chômage. Pour le candidat d’En marche, il s’agit de renforcer le pouvoir d’achat des salariés. En revanche, il n’envisage pas, contrairement à Marine Le Pen, de remettre en place l’exonération fiscale des heures supplémentaires.

Unifier les régimes de retraite. C’est presque un programme dans le programme, tant le chantier est énorme : pour «mettre fin aux inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé», le candidat d’En marche promet un «vrai système universel de retraite». Derrière, c’est bien la fin des régimes spéciaux des fonctionnaires qui sont visés par Macron, qui promet des règles identiques pour tous, sur la base du principe «pour chaque euro cotisé, le même droit à pension». Une idée défendue de longue date par la droite qui, dès 2003, a commencé à réformer les différents régimes. Pour aller plus loin, Macron mise sur la négociation avec les partenaires sociaux. Mais grosse nuance : ni l’âge de départ ni le niveau des pensions ne seront modifiés durant le quinquennat. Et les personnes proches de la retraite ne devraient pas être affectées. Reste que la pilule risque d’avoir du mal à passer dans la fonction publique, où Macron veut supprimer 120 000 postes.

L’ISF qui préserve les revenus financiers. Macron veut «réformer en profondeur» l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en supprimant «la part qui finance l’économie réelle», c’est-à-dire la détention d’actions, pour en faire un «impôt sur la rente immobilière». En clair, Macron souhaite que l’ISF ne soit calculé que sur la valeur du patrimoine immobilier. Et de promettre un prélèvement unique sur les revenus du capital, de l’ordre de 30 %.

Recul sur les rythmes scolaires et les bilangues.  Le passage à la semaine de quatre jours et demi avait surtout suscité la colère des maires, chargés d’organiser le temps périscolaire, et la droite s’était s’engagée à revenir sur cette réforme à la prochaine alternance. Avec sa réforme du collège, Najat Vallaud-Belkacem avait rétropédalé après avoir essuyé des critiques en annonçant la quasi-disparition des classes bilangues (deux langues vivantes dès la sixième). Macron propose de redonner le choix des rythmes scolaires aux communes, après concertation avec les écoles, et aussi « le rétablissement de parcours bilangues ».

Plus d’autonomie à l’école et à l’université. Par autonomie, Macron entend non seulement la liberté pédagogique, à laquelle la gauche est très attachée, mais aussi une plus grande latitude laissée aux chefs d’établissement dans la constitution de leurs équipes. Une idée que défend Fillon. Macron propose donc «l’autonomie de recrutement» dans le premier degré, sans donner plus de précision. Avec le risque d’accroître les inégalités entre les établissements.

Création de centres fermés pour personnes radicalisées. Le candidat prévoit des unités réservées aux personnes incarcérées pour des faits de terrorisme, qui, de fait, ne fréquenteront plus les détenus de droit commun. De là à qualifier ces centres de «Guantánamo à la française» ? Emmanuel Macron demeure flou sur les droits d’accès (notamment de la défense) qui resteront tolérés. Tout juste sait-on que le nombre (faible) de détenus sera identique au personnel encadrant. Et que des repentis interviendront pour «démontrer qu’une autre vie est possible».


Nathalie Raulin , Grégoire Biseau , Christophe Alix , 
Sibylle Vincendon , Marie Piquemal , Willy Le Devin , 
Coralie Schaub , Amandine Cailhol , Amaelle Guiton 


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